CONSTELLATIONS
  floorplan
 
Sound Installation

Installed at the Darling Foundry, Montréal.

March-June, 2008
 
 
Exhibitition Publication here. (Bilingual)
Online Reviews:
Canadian Art
Le Devoir
Martini Boys
 

So it was by the stars you charted your course, asked the Phoenicians?


No, said Menippus, it is among the stars themselves I travel.

 

Obsessed with the last groove of the record, Constellations evolves out of the manufactured silence of the recording medium. Dust particles, the grain of the shellac, and the trace of the cutting stylus uncover the foundation for a sound installation that ironically explores the extreme ends of noise: from the delicate to the visceral, from sound clusters to deep resonant tones. Custom software routes, processes and modulates the record loops into a field of textures distributed overhead via a canopy of over a hundred micro-speakers and through the gallery floor by means of subwoofers.

 
     
     
     

A colour, a sound, a substance, a pain, or a star


by Meredith Carruthers

 

 

Lift not the painted veil which those who live
Call Life: though unreal shapes be pictured there,
And it but mimic all we would believe
With colours idly spread.

Percy Bysshe Shelley

 

 

Constellations is part of a series of projects by Charles Stankievech that began in 2005 with Timbral, his graduate thesis show, and continued with Aletheia’s Veil and Horror Vacui. These projects, which represent Stankievech’s efforts to articulate the intangible are airily physical: Timbral is made up of hollow textile forms, Aletheia’s Veil is a shimmer of light projected on silk, Horror vacui is thin glass. Their titles skim the void, refer to absence as defined by philosophy, mythology and physics. The works echo the Möbius strip as physical things that are both inside and outside, tricks modulations of space and light that upset our patterns of perception and question the assumptions that allow us to make our way through life. "Lift not the painted veil," Shelley warns, but Stankievech heeds him not, pursuing the shadowy world of the unknown and the unfurling edges of the sublime.

"Philosophy starts with disappointment," Charles Stankievech said in a recent conversation. "It is typically when things break down that we feel the need to analyze and take them apart. Unfortunately, this makes philosophy ultimately a melancholic practice—albeit an essential practice, and one that can be enjoyable on a certain level, but disheartening on another if left in a vacuum." Having first studied philosophy, Stankievech shifted his attention to the plastic arts out of a desire to operate on a material level with logic and reasoning and perhaps to infuse the melancholic with a little beauty. In the 1985 exhibition Les Immatériaux at the Centre Pompidou, Jean-François Lyotard anticipated a new wave of philosopher-exhibition makers that would respond with an increased sensitivity to a dematerialized sense of reality. The press release for Les Immateriaux echoes Shelley in its reference to a “filter” or screen placed, "between us and things” [1] Whereas behind Shelley’s veil lurked fear, hope and the sightless chasm, the boundary described by Lyotard is permeated by, “realities that are in a new way tangible”, where “A colour, a sound, a substance, a pain, or a star return to us as digits in schemes of utmost precision” [2]

 

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install2Installation Photos

Stankievech’s recent suite of projects recalls this tension between materiality and immateriality, the revealed and concealed in the contemporary world. These ideas are tangentially developed in his current installation at the Darling Foundry, Constellations. Constellations was inspired by Stargazing during an artist's residency in Trois-Pistoles, Quebec. Stargazing, an activity for solitary individuals, lovers and scientists, takes place under the night sky of lazy summers and through the telescopes of the observatory. The constellation Stankievech presents is of the amateur sky-watching variety. It offers a way of understanding the stars based on connections rather than measured distances. In the Darling Foundry hundreds of tiny speakers trailing from the gallery's ceiling create a canopy of sound. Broadcasting digital micro-sounds generated by ambient dust and record players, the speakers create a perceptual rendering of the cosmos that is not visual. In this way, the artist dares to undo the distant light of the stars, sounding out instead the space between them. Stankievech chooses the darkness of the starry night not as mute, invisible absence but as a resonating presence, like sparkling dust on the veil between the known and the unknown.

For Lyotard’s Immatériaux, the gaze into the void "allows the unrepresentable to be put forward as its missing contents.” [3] Stankievech’s recent work grapples with the desire to both unveil and obscure, he ripples the veil to signal its presence. Bathed in the light of Aletheia’s veil, held in the vacuum bell jars of Horror Vacui, or rapt in the sonorous darkness of Constellations, Stankievech traps emptiness in a place where the ephemeral and the latent might be tempted to unfold. Testing the limits of our conceptuality, Stankievech throws forward a flashing beam of dust to show a path, the suggestion that the aesthetic experience of a summer’s grass-crushed stargazing might indeed offer some way to locate ourselves.

1. Jean. F. Lyotard, press release for Les Immatérieux, January 8, 1985.

2. Ibid.

3. J.F. Lyotard, The Postmodern Condition: A Report on Knowledge, trans. Geoff Bennington and Brian Massumi, Mancheter, Manchester University Press 1984, p. 81

 
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Une couleur, un son, une substance, une douleur, ou une étoile


par Meredith Carruthers

«Ne soulève pas le voile peint que les vivants
Nomment la Vie : bien que des formes irréelles y soient représentées,
Elles ne sont que pure imitation de toutes nos croyances,
Avec des couleurs négligemment appliquées».


Percy Bysshe Shelley

 

Constellations de Charles Stankievech fait partie d’un corpus d’œuvres amorcé en 2005 avec Timbral, une installation de fin de thèse, et achevée en 2007-2008 avec Aletheia’s Veil et Horror vacui. Ces œuvres, qui témoignent de la volonté de l’artiste d’articuler l’intangible, explorent la matière. Timbral renvoie à des formes textiles creuses. Aletheia’s Veil est un chatoiement de lumières projetées sur un écran de soie. Horror vacui s’apparente à la finesse du verre. Par leurs titres, les œuvres évoquent le vide et réfèrent à l’absence telle que la philosophie, la mythologie et la physique la définissent. Elles rappellent l’anneau de Möbius avec leurs formes matérielles à cheval entre le dedans et le dehors, leurs jeux dans l’espace et avec la lumière qui perturbent nos modes de perception et remettent en question les hypothèses qui nous permettent de cheminer dans la vie. «Ne soulève pas le voile peint», avertit Shelley, mais Stankievech n’en a cure, poursuivant sa quête du monde indistinct de l‘inconnu et des limites du sublime qui s’y déploient.

«La philosophie commence par la déception», déclare Charles Stankievech dans une entrevue récente. «Ce n’est que quand les objets cassent que l’on ressent le besoin de les démonter et de comprendre. Cela fait de la philosophie une pratique mélancolique quoi qu’essentielle, une pratique qui peut s’avérer plaisante à un certain niveau, mais décourageante à un autre, si elle s’enlise dans le vide». Venu de la philosophie, Stankievech en vient à s’intéresser aux arts visuels. Il est alors animé du désir d’explorer la matière à travers la logique et le raisonnement, sans doute avec l’idée d’insuffler un peu de beauté à la mélancolie. Avec l’exposition Les immatériaux au Centre Pompidou en 1985, Jean-François Lyotard ouvre la voie à une nouvelle vague d’artistes philosophes qui répondent avec une sensibilité accrue à la dématérialisation de la réalité. Le dossier de presse de l’exposition fait écho à Shelley en se référant au «filtre» ou à l’écran placé «entre nous et les choses». [1] Alors que derrière le voile de Shelley se cachent la peur, l’espoir et l’infini des gouffres, la frontière décrite par Lyotard est traversée par «de nouveaux modes de perception de la réalité» qui font qu’«une couleur, un son, une substance, une douleur ou une étoile nous reviennent sous une forme numérique organisée en motifs de la plus extrême précision» [2].

Les œuvres récentes de Stankievech rappellent cette tension entre le matériel et l’immatériel, entre ce qui est là et ce qui est caché dans notre monde contemporain. Ces idées sont développées indirectement dans Constellations, sa plus récente installation à la Fonderie Darling. Constellations s’inspire d’une expérience d’observation des étoiles vécue à l’occasion d’une résidence d’artiste à Trois-Pistoles, au Québec. L’observation des étoiles, une activité prisée par les solitaires, les amoureux et les hommes de science, s’effectue grâce aux télescopes de l’observatoire sous la voûte nocturne des étés indolents. La constellation que présente Stankievech fait partie de ces cas d’observation effectuée par des amateurs. L’œuvre vise à comprendre les étoiles en privilégiant davantage les liens que la mesure des distances. À la Fonderie Darling, des centaines de micro-enceintes installées au plafond de la galerie forment un dais sonore. Diffusant des micro-sons générés par la poussière ambiante et les tables tournantes, les enceintes sculptent un paysage sonore du cosmos qui n’a rien de visuel. L’artiste ose et annule ainsi la lumière distante des étoiles, sondant plutôt l’espace entre elles. Stankievech choisit l’obscurité de la nuit étoilée pour mettre en valeur non pas une absence invisible ou muette, mais plutôt une présence résonante, semblable à la poussière chatoyante sur le voile qui sépare le connu de l’inconnu.

Dans Les Immatériaux de Lyotard, le regard dans le vide «permet l’expression de l’irreprésentable comme contenu absent» [3]. L’œuvre récente de Stankievech se débat entre le désir de dissimulation et de révélation. Le voile ondule pour signaler sa présence. Qu’elles baignent dans la lumière d’Aletheia’s Veil, qu’elles soient retenues sous les cloches de verre vides de Horror vacui, ou qu’elles plongent dans l’obscurité sonore de Constellations, les œuvres de Stankievech explorent le vide, là où l’éphémère et le latent pourraient être tentés de s’épanouir. Testant les limites de notre conceptualisme, Stankievech déploie avec force un faisceau de poussière qui nous montre un chemin. Ce faisant, il suggère que l’expérience esthétique générée par l’observation des étoiles, couché dans l’herbe en plein été, pourrait nous fournir une belle occasion de nous retrouver.

 

 

1. Jean. F. Lyotard, coupure de presse pour Les Immatériaux, 8 janvier 1985.
2. Ibid.
3. J.F. Lyotard, The Postmodern Condition : A Report on Knowledge, trans. Geoff Bennington et Brian Massumi, Manchester, Manchester University Press,1984, p. 81.